

En 1820, à côté d'une petite église trapue, s'élève le Presbytère sur un site habité depuis des siècles : avant lui, un prieuré fondé au VIIème siècle par Radon, fils de Saint-Colomban, puis un château construit à la Révolution. Depuis 1820, sur ce lieu chargé d'âmes et d'histoires, dans cette maison coquette, les propriétaires se succèdent… curés, particuliers… chacun y laisse son empreinte.

Le couple Hayden achète ici, à Reuil, en 1962.« On y a beaucoup vécu. » raconte Josette.
Entre 1962 et 1970, ensemble, Hayden et Beckett touchent l’essence de leur art sous le regard de Josette. C’est une période sereine.

Henri meurt en 1970. Il a 87 ans. Josette en a 57, Beckett 64.Josette continue d’échanger avec Beckett. Mais les liens s’espacent…
« Froid glacial, l'un est mort, l’autre m’a abandonnée, larguée dans la solitude » (extrait du film « Avec toi sans toi »)
Elle recueille, conserve, transmet. Elle raconte la maison, son passé, les liens entre les deux amis, son amour aussi, pour l’un et pour l’autre… Elle écrit sur ses paquets de Craven A, fume, peint elle aussi, dessine, boit du whisky pour oublier l’absence du peintre, mort, et celle de l’écrivain, espacé, absent, … Elle râle après les enfants qui passent dans la rue et s’accrochent aux grilles du jardin, qui s’enfuient en courant quand elle sort. Drôle de maison, drôle de femme voutée, fatiguée.

La maison est grande, Josette Hayden, amaigrie, seule, vieillissante, la met en viager. Le viager est revendu.
Josette meure en 2003, elle a 90 ans.
Deux couples de propriétaires se succèdent entre 2003 et 2022.

Nous l’acquérons en 2022. Nous arrivons avec Jeanne, Louise, le chien Mieszko et… la chatte Josette. Josette dans la maison de Josette. Il fallait le faire !
Nous entrons dans l’univers des Hayden, de Beckett, des toiles d’Henri… Ses portraits, ses bouquets de fleurs, ses paysages et ses natures mortes se font familiers à force d’être regardés.
Nous apprivoisons Josette à travers le film de Francesca Ragusa. Elle nous émeut. La voir évoluer dans cette grande maison, entendre la cloche de l’église dont le son est le même depuis plus de 25 ans, l’écouter dérouler le passé, s’interroger sur le futur, philosopher sur la vie… ça nous bouleverse.
Nous nous sentons petits dans cette immense maison, comme dépositaires de quelque chose de plus grand que nous dont il faut prendre soin pour bien le transmettre aux générations suivantes.

Rénover, faire renaître, faire du beau : les travaux de rénovation du Presbytère commencent.
Une lampe pigeon d’une des natures mortes d’Henri s’installe dans nos têtes comme un symbole de ce lieu. Son métal et son essence font le pont entre le banal de la matière et le magique de la lueur.
Une lampe pigeon comme une promesse d’éclairer et ainsi de mieux voir le passé qui nous entoure.